La Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Résistance des protestants au 17ème et 18ème siècles, deux périodes de lutte sur les mêmes terres.
La création d'un sentier de mémoire, en hommage aux résistants de la commune de Prailles, inauguré le 8 mai 2025 pour le 80ème anniversaire de la libération, a fait écho pour nous avec la résistance des protestants au même lieu.
Un parcours à 3 voix : Nadine Gaillard pour les panneaux sur la résistance au 20ème siècle, Michèle Guéri-Langlois pour l'architecture et Suzette Favreau pour les éléments d'histoire protestante.
Samedi 20 septembre, la balade a commençé à la Gravette devant le premier des panneaux élaborés par la section histoire et patrimoine de Prailles : là à la Gravette la famille Fouchier, les parents et leurs deux fils, furent arrêtés le 18 avril 1944 au logis puis déportés. Pour retrouver tous les détails et ceux des autres panneaux du circuit.

Avant d'emprunter le sentier de mémoire nous avons été accueilli par Monsieur de Castellet dans la cour du logis de la Gravette pour une présentation de son architecture par Michèle Guéri : primitivement au 17ème siècle possession de la famille Vasselot de la Gravette cette maison noble s'est transformée peu à peu en métairie . Subsiste de ce passé le corps principal du logis, vaste demeure dont l'architecture est de type 'charentais', c'est-à-dire avec un ordonnancement symétrique par rapport à l'entrée centrale. Le logis comporte 5 travées de construction séparées par des murs de refend avec cheminées et le toit comporte deux longs pans se terminant en 'croupe'. Ce logis a la particularité de posséder un étage principal desservi par un couloir en façade coté cour, desservant chaque pièce de vie. Une grande fenêtre au 1er étage surplombe la porte d'entrée. Autour de la cour fermée par une enceinte de murs de pierre subsistent les communs dont le four. L'accès depuis la route se fait par un porche.
La métairie pouvait abriter plusieurs générations d'une même famille et comportait une importante surface de terres contrairement aux borderies qui étaient de petite taille.
Le plus ancien seigneur connu est Joachim Vasselot époux de Jeanne Monnet . Leur fils Gabriel, protestant, fut condamné avec d'autres seigneurs protestants à une amende de 1500 livres le 7 mai 1687 (cf J Rivierre livre d'or des protestants du Poitou vol 7 Page 250). La famille sera propriétaire une grande partie du 18ème siècle ( cf registre de la taille Prailles AD 79).
La propriété est vendue comme bien national en plusieurs lots le 14 floréal an 8: elle a été confisquée à Louis Louveau La Gravette et était alors affermée à Texier, fermier du Lineau à Romans . La plupart des lots sont attribués à Jean Louis Marie Guillemeau, médecin et naturaliste à Niort . Il fut par la suite maire de Niort où il demeurait à Fort Foucault. À son décès en 1853 il n'est plus propriétaire de la Gravette. Il avait acquis le logis qualifié de maison de maitre et des terres, n°53 des ventes pour 9300 livres.
Les propriétaires suivants furent successivement Jean-Henri Fouquet commerçant de la Mothe Saint Héray puis Pierre Monnet et ses descendants de Souvigné.
La Gravette est alors une métairie où plusieurs familles se succèdent dont les Richard, par la suite à la Grange d'Oiré, les grands-parents de Maxime Fouchier y furent en ferme après 1881 et au moins jusqu'en 1906. Maxime, Léona et leurs deux fils n'étaient que depuis quelques années à la Gravette lors de leur arrestation.
Revenons sur le sentier : nous avons traversé des bois sans doute tout à fait semblables à ceux traversés par nos ancêtres pour se rendre aux assemblées du Désert ou échapper aux dragons ...l'occasion d'évoquer cette période douloureuse .
3 dates repères :
Avril 1598 : l'Edit de Nantes est promulgué. Son but était de rétablir la paix civile ; Il est censé être "perpétuel et irrévocable". Par un brevet annexe 150 lieux de refuge sont accordés aux protestants dont 51 places dont les garnisons étaient tenus par eux. Cette disposition fut supprimée par la paix d'Alès en 1629.En outre l'Édit accordait la liberté de conscience, le respect de l'organisation des synodes, l'égalité des protestants et des catholiques en matière d'éducation, l'égalité absolue d'accès à toutes les dignités et charges publiques; mais il limitait la liberté de culte dans certains lieux dont paris.
18 octobre 1685 : Révocation de l'Édit de Nantes par l'Édit de Fontainebleau. Si jusqu'en 1660 il y eut une période de relative paix religieuse malgré la perte des plates fortes, à compter du règne personnel de Louis XIV l'application de l'Édit de Nantes devint restrictive et les persécutions se multiplièrent : peu à peu la plupart des professions leur furent interdites, les temples furent démolis et les populations persécutées. Le Poitou en fit la sinistre expérience à l'Été 1681 lors de la première dragonnade initiée par l'intendant du Poitou René de Marillac : les dragons se répandirent dans les campagnes et contraignirent par tous les moyens les habitants à abjurer. Marillac obtint ainsi 38000 conversions et la fuite d'une partie de la population vers l'Angleterre et la Hollande. Si devant la réprobation des pays de l'Europe protestante l'intendant fut déplacé, cela n'empêchât pas une seconde campagne en1685.
Devant le "succès" de ces conversions et au vu des rapports qui lui sont transmis le roi considéra alors que la plupart des protestants étaient devenus catholiques et promulgua donc l'Édit de Fontainebleau qui interdisait tout exercice de la religion tout exercice de la R.P.R. (religion prétendue réformée) y compris chez les seigneurs. Il comprenait bien d'autres dispositions dont l'interdiction d'émigrer.
Les pasteurs durent fuir et commença alors la période dite du Désert .
29 novembre 1787 : L'Édit de Tolérance accordait un état-civil aux protestants et de facto une reconnaissance légale. Tout n'était pas réglé mais un grand pas était accompli.
Pendant la période dite du Désert les épreuves continuent pour ceux qui ne voulaient pas renoncer à leur foi : ici au logis de la Gravette ou plus précisément dans les bois alentours, se tinrent plusieurs assemblées du Désert. les assistants venaient de loin pour chanter les psaumes, entendre les sermons des prédicants qui essaient de compenser l'absence des pasteurs, accomplir baptêmes et mariages dans la clandestinité. Le pasteur Jean Rivierre dans son ouvrage consacré à " la vie des protestants du Poitou après la révocation" en cite plusieurs : " en janvier 1703 à la Gravette où l'on chanta des psaumes pour un interminable service (vol II P 108 note n°18) ". En 1719 où l'on fait une quête pour "les pauvres, les prisonniers et les prédicants qui ont renoncé à leur gagne-pain pour le service de l'église " (vol II P 117 notes 53 et 54)
Dans une conférence donnée à La Couarde en 1932 le pasteur Rivierre écrit encore : "1703. Venez à La Gravette de Prailles. C’est la nuit de Noël, mais faites comme s’il ne faisait pas froid. Joignez-vous à cette grande assemblée de 1 000 personnes. Vous remarquerez une chose, qu’on chuchote de l’un à l’autre : c’est qu’il y a là plusieurs gentilshommes venus avec leur valet, Pandin de Thail, de Gagemont… et même de Puyravault qui lit la bible. Mais tous se taisent quand parle le prédicant, Martinet de Verrines qui prêche sur la parabole des talents. Et même les gentilshommes écoutent ce laboureur, admirable exemple d’une église où la souffrance a rapproché les cœurs, et où l’on empêche personne de faire valoir le talent qu’il a reçu ? Avant Martinet d’ailleurs, un autre avait dit quelques mots, et c’était Daniel Lhoumeau de La Berlière."
Dans les premières années le curé de Prailles, Herbert, dénonçait les couples qui ne s'étaient pas mariés devant lui : les Nocquet-Grégoire du Vigneault de Prailles, les Magneron du Clouzeau et bien d'autres. Il dénonce également en 1699 Jacques et Marie Morin qui tenaient école à Bourgneuf de Prailles (vol I page 115) et n'avaient pas réhabilité leur mariage devant l'église. Ils durent fuir pour ne pas être emprisonnés.
Si au fil du XVIIIème siècle la tension se fit moins forte, si le retour clandestin des pasteurs redonna de l'espoir aux religionnaires les curés de Prailles ne désarmaient pas . Ainsi le 18 avril 1762 le curé Gée fit abjurer Louis Cousson et Anne Gay avant de les marier le 27 avril . Mais force est de constater que les registres paroissiaux sont quasi vides : 2 actes en 1779, 4 en 1780 dont une abjuration. la consultation des registres tenus par les pasteurs durant les assemblées sont bien plus fournis. De plus les abjurations obtenues par la contrainte l'étaient très souvent du "bout des lèvres" et après les mariages réhabilités les baptêmes des enfants suivants étaient effectués "au Désert".
Il y aurait tant à dire que cet article n'y suffira pas ....
Laissant là l'évocation de la résistance protestante notre cheminement nous a permis de découvrir une borderie au Bas-Barbin : à l'examen du cadastre Napoléonien on peut voir qu'il y avait alors un petit hameau à cet emplacement.

extrait archives départementales 3 P 227/4 section B1 dite de la Gravette
Les habitations restantes étaient occupées au moins depuis 1853 ( cf recensement de population archives 79) par la famille Monnet, puis par leur fille Marie mariée à Jacques Renault : décédés respectivement en 1917 et 1938 Marie et Jacques sont inhumés dans le cimetière familial en contrebas des bâtiments. les bâtières sont ornées d'une étoile à 5 branches caractéristiques des sépultures protestantes. Il est vraisemblable que les générations antérieures sont également inhumées dans ce cimetière.
Les borderies sont de toutes petites exploitations et les bâtiments sont construits avec les matériaux trouvés sur place : les pierres obtenues en "dégâtant" les champs, la terre "massoune" propre maçonner, la paille, les tiges de topinambours coupées l’été et séchées, le bois prélevé dans l’exploitation, élevé exprès, ou prélevé d’anciennes constructions.
Pour les murs il y a peu de fondations, on cherche le sol dur, la roche, et ils sont montés ‘à fruit’, pierres grosses en bas, épaisseur de 60 à 70cm en bas jusqu’à 40 à 50cm en haut. 2 parements de pierres (des moellons), remplissage en pierrailles, liées par un mortier de terre et de paille et des boutisses pour lier le mur avec un chaînage d’angle ou chaînette si le mur est trop long. L'entourage des portes et fenêtres (linteaux et pieds droits) était réalisé en pierres appareillées extraites des carrières proches et taillées sur les faces visibles. Un enduit recouvrait seulement le mur de la façade de la maison pour protéger les pierres. Les murs intérieurs ou refends étaient aussi en moellons.
Le montage en pierres sèches réservés pour les murets
Après avoir vu les panneaux suivants sur le sentier ( cf site de la commune de prailles) nous avons découvert un cimetière familial typique où sont inhumés 3 générations de Mounier. Cette famille originaire d'Argentiere de Prailles qui avait noué des alliances avec des familles de Souvigné, Berry, Guionnet et Arnault. les matières présentent également des étoiles à 5 branches et une taille de la pierre propre aux tailleurs de pierre de Chavagné (extrémités des batières bouchardées).
Ce cimetière se situe à l'extrémité d'une propriété où habita le premier maire de Prailles François Merlet.
Avant le traditionnel pot de l'amitié offert conjointement par la mairie de Prailles-La Couarde et l'Ascfp nous nous sommes arrêtés, chemin des Minées, devant un logis dont les parties les plus anciennes sont du 16ème siècle et dont la façade comporte une série de 'boulins' qui attestent la présence d'un grenier-colombier. Dans la rue principale un autre logis, qui a été un temps transformé en commerce, est également du 16ème siècle, comme atteste, à l'étage, les vestiges d'une fenêtre à meneaux .
Sources :
La vie des protestants du Poitou après la révocation . Jean Rivierre . réédition société historique et scientifique des Deux-Sèvres 1997
Le livre d'or des protestants du Poitou . jean Rivierre consultable en ligne sur le site des archives départementales de la Vienne et au centre Jean Rivierre à La Couarde ( Prailles-La Couarde) où vous bénéficierez d'une aide précieuse pour utiliser au mieux les données
Le musée virtuel du protestantisme : museeprotestant.org
Patrimoine et inventaire de Nouvelle Aquitaine : Celles sur Belle et son canton